Fraudes sociales : l’Assemblée nationale lève le secret professionnel au profit des complémentaires santé

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°9 - 11 mars 2026
Information dentaire

Les députés ont rétabli le 26 février en séance publique, lors de l’examen du projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales, une levée encadrée du secret médical permettant aux complémentaires santé d’accéder à davantage de données issues des professionnels de santé.

Le dispositif, inscrit dans l’article 5, redonne sa portée initiale au mécanisme adopté par le Sénat en 2025, après sa suppression en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale.

Il organise un échange bilatéral d’informations entre Assurance maladie obligatoire et organismes complémentaires, afin « de renforcer la détection des anomalies et la lutte contre les fraudes ».

Selon le texte, lorsque les investigations conduites par les caisses d’assurance maladie « mettent en évidence des faits pouvant être de nature à constituer une fraude en matière sociale », elles sont tenues de transmettre aux complémentaires santé « les informations strictement nécessaires à l’identification de l’auteur de ces faits et des actes et prestations sur lesquels ils portent ». En retour, les complémentaires ont une obligation de signalement vers les caisses.

Concrètement, l’article autorise les assureurs, mutuelles et institutions de prévoyance à recevoir des données de santé transmises par les professionnels ou établissements réalisant des actes, dans le cadre des contrats responsables et de la mise en œuvre du tiers payant.

À ce jour, les complémentaires n’ont accès qu’aux codes de regroupement de la classification CCAM ; l’article 5 élargit ce périmètre et lève partiellement le secret médical pour permettre un accès à des informations jugées nécessaires à l’identification des actes faisant l’objet d’investigations.

Alors que la CCAM bucco-dentaire comprend plus de mille actes, les complémentaires n’ont accès qu’à une vingtaine de codes de regroupement.

La santé, un objet marchand ?
Les députés ont également supprimé les restrictions adoptées en commission, qui limitaient les données échangées aux seules ordonnances et images médicales, et rétablissent un accès plus large, tout en encadrant les conditions de conservation (pas plus de six mois), d’information des assurés et d’usage des données. Le texte exclut toutefois les réseaux de soins et les plateformes de tiers payant du dispositif.

Présenté comme un outil de lutte contre la fraude, le dispositif pourrait néanmoins avoir une portée limitée, le gouvernement estimant à environ 1 million d’euros le gain potentiel pour l’Assurance maladie obligatoire.

« Si la cause est juste, la lutte contre la fraude, le moyen qui tend à contourner le secret médical et transmettre nos données de santé est déséquilibré et disproportionné, déplore la FSDL le 27 février. Ce vote de ce jour qui se fait au détriment des patients. Il n’y a plus qu’à espérer que ces opérateurs privés ne feront pas un mésusage de nos données de santé; »

Les Libéraux de Santé (LDS), qui regroupent les 10 principaux syndicats professionnels de santé libéraux, dont les CDF, ont également manifesté leur opposition à ce texte. Le 23 février, ils réaffirmaient « leur opposition absolue à toute tentative d’assouplissement des règles de partage des données de santé avec les organismes complémentaires. Le secret médical ne doit jamais être trahi, y compris au nom de la lutte contre la fraude ».

Le Syndicat des femmes chirurgiens‑dentistes (SFCD) avait aussi dénoncé lors de l’examen du texte par le Sénat fin octobre, « un renversement de logique » dans lequel « les données de santé changent de nature : de données protégées, elles deviennent des données économiques (…) La santé cesse d’être un droit fondamental pour devenir un simple objet marchand ».

Le vote solennel sur l’ensemble du projet de loi est programmé le mardi 31 mars.

Thèmes abordés

Commentaires

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Politique de santé

Accès aux études de santé : une licence « orientée santé » prévue pour la rentrée 2027

La réforme de la première année d’accès aux études de santé doit entrer en vigueur à la rentrée universitaire 2027...
Politique de santé

L’accès aux soins demeure difficile pour une partie des patients selon France Assos Santé

L’accès aux soins reste source de difficultés pour une part importante de la population, selon le « Baromètre des droits des...
Politique de santé

Le projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales adopté à l’Assemblée

Adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 7 avril, le projet de loi relatif à la lutte contre les...
Politique de santé

Article réservé à nos abonnés Les addictions aux médicaments : un phénomène en pleine expansion exploré à travers l’expertise des pharmacologues

La France est un pays envié au niveau européen pour son réseau d’addictovigilance [1]. Mis en place en 1990, impulsé...
Politique de santé

Vers une réforme territorialisée du Contrat d’engagement de service public (CESP)

Le gouvernement souhaite faire évoluer le contrat d’engagement de service public (CESP) vers « une logique de pilotage territorialisé et selon...
Politique de santé

Santé bucco‑dentaire : un livret pour éclairer les enjeux de la filière

« La santé bucco‑dentaire joue un rôle essentiel dans la santé globale et constitue un levier majeur de prévention. Pourtant,...