Avec les technologies modernes digitales, on pourrait s’attendre à ce que l’élaboration des prothèses soit restreinte à de simples « clics » d’ordinateur. En effet, grâce à la technologie 3D – scanners, logiciels, matériaux et processus de fabrication -, il est théoriquement envisageable de produire des prothèses complètes selon un protocole entièrement numérique, sans aucune étape clinique ou de laboratoire traditionnelle.
Ce flux numérique théorique consisterait à acquérir des empreintes optiques des arcades édentées tout en enregistrant leurs limites fonctionnelles, puis à enregistrer numériquement les rapports inter-arcades et les paramètres esthétiques. Les données cliniques numériques transmises au prothésiste seraient importées dans un logiciel dédié à la conception de la prothèse (CAO). Les dernières étapes consisteraient à générer un aperçu de la prothèse pour obtenir le consentement du praticien et du patient, avant de procéder à la fabrication automatisée (FAO) des éléments prothétiques par impression 3D (fabrication additive) ou par usinage (fabrication soustractive).
Limites du flux théorique « tout numérique »
Les empreintes optiques
Les caméras optiques ou scanners intra-oraux permettent de capturer les détails mucostatiques du palais dur et des crêtes maxillaire et mandibulaire. Cependant, la précision et la justesse de ces scanners, même de dernière génération, diminuent chez les patients présentant des crêtes alvéolaires fortement résorbées ou en présence de salive, ce qui est souvent le cas à l’arcade mandibulaire [1]. De plus, les caméras ne peuvent pas enregistrer la dynamique tissulaire (labiale, jugale, linguale et voile du palais), facteur essentiel à la rétention et la stabilité des prothèses [2, 3]. Par conséquent, les empreintes optiques obtenues généreront des bords anatomiquement incorrects : trop fins, trop courts, trop longs ou trop épais. Ainsi…