Dans un contexte d’usure dentaire, la difficulté première n’est pas restauratrice mais diagnostique. Restaurer une usure sans en avoir identifié et neutralisé l’étiologie expose à une récidive rapide, parfois aux dépens des restaurations elles-mêmes. L’érosion d’origine acide, en particulier lorsqu’elle relève d’un reflux gastro-œsophagien (RGO), justifie une collaboration médicale préalable, faute de quoi l’environnement chimique délétère persiste [1, 2].
Sur le plan thérapeutique, le paradigme additif s’est imposé : il s’agit de rendre du volume aux dents usées plutôt que de les mutiler davantage, en s’appuyant sur l’adhésion et en respectant le gradient thérapeutique, du moins invasif au plus invasif [3-6]. La réouverture de l’espace par augmentation contrôlée de la dimension verticale d’occlusion (DVO) crée le volume prothétique nécessaire sans préparation soustractive. Le flux numérique – projet esthétique 2D/3D, enregistrement cinématique mandibulaire, contrôle occlusal instrumenté – sécurise et reproduit chacune de ces étapes [7, 8].
Le cas présenté illustre cette démarche : du diagnostic étiologique partagé à la réhabilitation additive complète, conduite intégralement en numérique, avec un recul désormais supérieur à 4 ans.
Présentation du cas
Anamnèse et motif de consultation
Un patient d’une soixantaine d’années, en bon état général, consulte pour une plainte essentiellement fonctionnelle : une perte progressive d’efficacité masticatoire. La demande esthétique, présente, reste secondaire à ce vécu fonctionnel. L’interrogatoire et l’examen orientent d’emblée vers une usure ancienne et évolutive (fig. 1a, b).
Examen clinique
L’examen retrouve une usure généralisée des deux arcades (fig. 2a à e). Les faces occlusales présentent des lésions cupuliformes caractéristiques, avec exposition dentinaire…

