Information dentaire

L'Information Dentaire n°13 - 8 avril 2026

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Edito

Docteur, il n’y a pas d’autres solutions pour mon problème, car je ne peux pas ? » Renoncer aux soins, l’expression n’est plus marginale : elle concerne près de 25 % de la population. Un chiffre qui alerte. Il interroge notre système pourtant très aidant, bien sûr, mais aussi, plus directement, notre pratique quotidienne. Car au-delà de l’accès aux soins, c’est bien la question de leur pertinence qui est posée....

Docteur, il n’y a pas d’autres solutions pour mon problème, car je ne peux pas ? » Renoncer aux soins, l’expression n’est plus marginale : elle concerne près de 25 % de la population. Un chiffre qui alerte. Il interroge notre système pourtant très aidant, bien sûr, mais aussi, plus directement, notre pratique quotidienne.

Car au-delà de l’accès aux soins, c’est bien la question de leur pertinence qui est posée.

Avons-nous toujours raison de proposer ce que nous savons faire ? Ou devrions-nous, plus souvent, proposer ce dont le patient a réellement besoin ?

La nuance est essentielle.

Notre exercice valorise la technicité, la précision, la maîtrise. Et c’est légitime. Mais il nous expose aussi à une forme de biais : celui de confondre qualité des soins et complexité des traitements. Or, dans certaines situations, un traitement simple, compréhensible, accessible, rendra plus de service qu’un plan thérapeutique sophistiqué, coûteux et difficilement acceptable.

Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître : certains plans de traitement répondent aussi parfois à une satisfaction professionnelle, compréhensible. Le plaisir du geste, la réussite technique, la cohérence intellectuelle. Rien de critiquable en soi. À condition de ne jamais perdre de vue que notre objectif n’est pas de démontrer, mais de soigner.

Dans un contexte où un patient sur quatre renonce aux soins, cette exigence devient centrale. Proposer un traitement, c’est aussi en mesurer l’impact réel : financier, psychologique, fonctionnel. C’est accepter d’adapter, de simplifier, parfois de renoncer à ce qui nous semblerait idéal… pour rester dans le juste.

La question de la réparation des traitements s’inscrit pleinement dans cette réflexion. Faut-il systématiquement refaire, remplacer, reprendre intégralement ? Ou pouvons-nous, dans certaines situations, réparer, ajuster, prolonger l’existant ?

Réparer, ce n’est pas faire moins bien. C’est souvent faire autrement. C’est préserver ce qui peut l’être, limiter l’invasivité, réduire le coût biologique et financier pour le patient. C’est aussi accepter une forme de pragmatisme clinique, parfois moins valorisée, mais souvent plus vertueuse.

Cette approche demande discernement et exigence. Elle suppose de sortir d’une logique de systématisation pour entrer dans une logique d’individualisation. Tous les cas ne s’y prêtent pas, bien sûr. Mais ne pas se poser la question, aujourd’hui, serait passer à côté d’un levier essentiel.

C’est peut-être là que se situe un des enjeux actuels de notre profession.

Non pas complexifier, mais ajuster. Non pas refaire systématiquement, mais réparer quand cela a du sens.

À l’heure où certains patients s’éloignent des soins, il nous appartient de les ramener vers une médecine plus accessible, plus compréhensible, et surtout plus centrée sur eux.

Car, au fond, bien soigner n’a jamais été une question de sophistication. C’est une question de justesse, d’adaptation à la situation.

Michel Bartala, Rédacteur en chef

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