« La désinformation en santé est un lent poison mortel. C’est l’une des principales menaces pour notre santé publique », a laché la ministre de la Santé dès l’entame de son discours présentant, le 21 octobre, l’« Observatoire de la désinformation en santé » outil de la « Stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé » annoncée en janvier dernier.
Son lancement dans le cadre d’Octobre rose n’est pas anodin. Les campagnes de dépistage du cancer du sein figurent parmi les cibles récurrentes de fausses informations diffusées en ligne.
Mammographies présentées comme dangereuses, efficacité des traitements remise en cause ou promotion de pratiques alternatives non validées : ces contenus peuvent avoir des conséquences concrètes sur le recours aux soins.
« Lorsqu’une fausse information détourne une femme d’une mammographie, conduit un patient à abandonner son traitement ou nourrit la défiance envers la vaccination, c’est la santé de nos concitoyens qui est en jeu », a souligné la ministre.
Veille permanente et identification des signaux faibles
L’observatoire aura pour mission de repérer les phénomènes émergents, d’analyser les mécanismes de diffusion des infox et de partager des connaissances scientifiques validées. En lien avec les chercheurs, les sociétés savantes, les ordres professionnels, les médias et les professionnels de santé, « l’Observatoire a vocation à devenir une référence dans la lutte contre la désinformation en santé », selon le ministère.
Concrètement, il publiera des baromètres réguliers (le premier vient d’être dévoilé – lire encadré), réalisera des travaux d’analyse et de recherche et pourra mettre en place des groupes de travail consacrés à des sujets comme l’éducation critique à l’information, l’intelligence artificielle ou encore la responsabilité des plateformes numériques.
Son fonctionnement reposera sur une expertise scientifique indépendante. Un conseil scientifique adossé au Haut Conseil de la santé publique (HCSP), composé d’experts issus de plusieurs disciplines, sera chargé de garantir la rigueur méthodologique et la crédibilité des travaux produits.
Un dispositif d’« infovigilance »
Pour passer de l’observation à l’action, le ministère met également en place un dispositif d’« infovigilance ». Les ARS notamment seront chargés de faire remonter les contenus problématiques repérés sur le terrain ou sur les réseaux sociaux.
Après analyse de leur viralité et de leur potentiel de dangerosité, des contenus de décryptage seront publiés sur Santé.fr, mais aussi sur les réseaux sociaux.
Parmi les nouveaux outils figure ainsi « Le Check-Up », une chaîne TikTok sur laquelle seront proposées des vidéos courtes et accessibles dans lesquelles des professionnels de santé décryptent les fausses informations, expliquent les connaissances scientifiques et répondent aux idées reçues.
Le ministère n’exclut pas non plus d’intervenir directement, via des commentaires, sous certaines publications particulièrement virales.
« Avec ces nouveaux outils, nous voulons mieux détecter les fausses informations, y répondre plus efficacement et donner à chacun les moyens de faire des choix éclairés » a souligné la ministre.
Les Français largement exposés aux fausses informations en santé
91 % des Français déclarent avoir déjà été confrontés à une information fausse ou trompeuse en matière de santé et 45 % reconnaissent y avoir cru au moins une fois. Cette proportion grimpe à 74 % chez les 15-24 ans, montre un baromètre mené par les instituts Verian et Toluna Harris Interactive auprès de 2 061 personnes âgées de 15 ans et plus en mars 2026.
Les réseaux sociaux apparaissent comme le principal vecteur de diffusion de ces contenus : 67 % des personnes exposées disent y rencontrer des informations trompeuses, devant les vidéos en ligne (42 %) et les sites d’actualité (31 %). Parmi les plateformes citées, Facebook (62 %) et TikTok (50 %) arrivent en tête.
Les conséquences sur les comportements de santé sont loin d’être théoriques. 29 % des Français déclarent avoir déjà suivi une recommandation erronée avant de découvrir qu’elle était fausse. Un tiers affirme avoir testé un traitement alternatif, remis en cause un avis médical ou retardé une consultation après avoir été influencé par une information trompeuse.
Dans ce contexte, les professionnels de santé demeurent les sources les plus crédibles aux yeux du public. Médecins spécialistes et médecins traitants recueillent chacun 92 % de confiance, devant les pharmaciens (90 %) et les sites officiels tels qu’Ameli ou Santé.fr (81 %). Les réseaux sociaux, à l’inverse, ne sont jugés fiables que par 18 % des répondants.
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