Renversant Leandro Erlich
Derniers jours pour foncer voir au Grand Palais d’été la rétrospective de ce funambule qui tire son fil entre réalité et illusion avec une ironie souvent poétique. Vous qui entrez ici, quittez toute certitude ! Vous voyez indiscutablement ces barques flotter mollement dans l’eau nocturne où se reflètent coques et rames ? Sauf que d’eau, il n’y en a pas goutte. Pleins de relief ces petits nuages ? De profil, ils fondent à vue d’œil. Vous n’êtes pas du genre à épier les voisins ? Mais vous voilà entraînés à jouer à Fenêtre sur cour derrière des lattes de store, tant est partout fascinant le programme qu’offrent, comme autant de petits écrans, tous ces appartements de l’immeuble d’en face : ici on dîne, s’amuse, se dispute, ou dort, là on travaille, fait du sport, joue, repeint les murs, essaie des vêtements, danse, tandis qu’une égarée erre de meuble en meuble et qu’ailleurs des cambrioleurs en escamotent en douce – seulement, ces deux scènes-là n’attirent pas l’œil comme d’autres.
Voilà, dès le début le ton est donné, et la leçon aussi : on est toujours piégé par ce qui se donne à voir, mais mieux vaut y regarder à deux fois. Et à l’heure des fakes en tout genre, le travail que mène l’artiste argentin depuis près de trente ans a pris une importance qui va bien au-delà de l’amusement procuré par ses premiers trompe-l’œil et jeux d’optique, quoique on revoie avec plaisir ses piscines au fond desquelles marchent tranquillement des gens, ses escaliers déroutants, ses cabines d’ascenseur ou d’essayage dont les miroirs déconcertants reflètent de tout autres visages que le sien quand bien même on y est seul. C’est qu’on ne sait jamais sur quoi peut donner une porte, une fenêtre, un hublot, un mur. Il n’est même pas sûr que les ouvrir apporte la réponse, surtout pas celle qu’on attendrait.




