Journée d’Information des Praticiens – JIP 2026
Voici les réponses aux questions posées à l’issue des conférences plénières
Questions au Dr Mélanie Giallo
L’intégration de l’éclaircissement dentaire en omnipratique
1. À partir de quel âge peut-on proposer un éclaircissement ?
L’éclaircissement dentaire est indiqué à partir de 18 ans ; des recommandations récentes de l’ADF permettent certaines indications chez les patients mineurs lorsqu’une dyschromie liée à une pathologie, une anomalie du développement ou un traumatisme entraîne un retentissement psychologique important ou lorsqu’une autre alternative thérapeutique serait plus mutilante.
2. Quel est votre avis sur l’Opalescence endo ?
Ce produit présente une concentration trop élevée, susceptible d’augmenter à moyen terme le risque de Résorption Cervicale Externe et de fracture dentaire. Ce risque est d’autant plus préoccupant que la récidive de la dyschromie est fréquente sur les dents dépulpées. Par ailleurs, la répétition des applications à de fortes concentrations de peroxyde d’hydrogène pourrait majorer davantage ce risque.
3. Faites-vous un éclaircissement ambulatoire avec lampe avant de donner les gouttières au patient ?
Non, cela présente peu d’intérêt, dans la mesure où nous ne pouvons désormais plus utiliser de produits dont la concentration dépasse 6 % en peroxyde d’hydrogène (18 % de peroxyde de carbamide). Les produits utilisés au fauteuil sont donc similaires à ceux proposés en ambulatoire. Par ailleurs, l’obtention d’un bon résultat ne dépend pas uniquement de la concentration du produit, mais surtout du temps de contact cumulé, c’est-à-dire de la durée globale du traitement.
4. Quelle est la marque de la seringue (peroxyde carbamide 10%) que vous donnez à vos patients pour faire une semaine pour les éclaircissements externes ?
J’utilise des seringues de peroxyde de carbamide à 10% de 3 G, et une seringue représente une semaine de traitement.
5. Combien de seringues donnez-vous pour un éclaircissement unitaire externe sur 2-3 mois (dent oblitérée) ? Comment anticiper la durée sur notre devis ?
Pour un éclaircissement unitaire de dent oblitérée, qui durerait 2/3 mois, une seule seringue suffit. On pourra compléter par une autre seringue en cours de traitement si besoin. Pas besoin de modifier le devis car peu de produit nécessaire pour une dent.
6. Pourquoi la femme enceinte est une contre-indication à l’éclaircissement ?
La grossesse constitue une contre-indication à l’éclaircissement dentaire essentiellement par principe de précaution. Il s’agit d’un traitement purement esthétique, pour lequel nous ne disposons pas de données suffisantes permettant de garantir son innocuité chez la femme enceinte. Par ailleurs, certains gels peuvent contenir des fluorures, et même si ceux-ci ne sont pas en eux-mêmes contre-indiqués, on préfère éviter toute exposition systémique inutile ou excessive pendant cette période. Enfin, la grossesse s’accompagne fréquemment d’une inflammation gingivale accrue, qui peut rendre l’utilisation des peroxydes moins bien tolérée.
7. Après une chirurgie muqueuse vous attendez combien de temps pour commencer l’éclaircissement ?
3 mois en moyenne. Il faut s’assurer que la gouttière ne va pas comprimer la zone.
8. Vous recommandez les dentifrices « blancheurs » avec quelle fréquence pour les patients ?
2 fois par semaine en post-traitement (mercredi et dimanche par exemple) pour retirer les colorations exogènes.
9. Quelle est l’épaisseur de la gouttière. Les gouttières d’éclaircissement, plutôt rigides ou souples ?
Je préfère personnellement les gouttières souples, plus faciles à porter par le patient, de 1,5 mm d’épaisseur.
10. Que pensez-vous du produit d’éclaircissement BlancOne ?
Je ne le connais pas.
11. Le résultat de l’éclaircissement dure-t-il dans le temps ?
Oui, en moyenne pendant 4 ans. Les tissus dentaires continuent malgré tout de vieillir, et donc de foncer.
12. Quel est le temps maximum pour un traitement par éclaircissement ?
A ma connaissance, il n’existe pas d’étude qui conclut à un temps maximum.
13. Comment gérer financièrement quand on doit augmenter le temps d’éclaircissement, par exemple sur 10 mois, comme l’un des cas que vous avez montrés ?
Ce cas de 10 mois était un cas d’éclaircissement unitaire, donc qui ne nécessite pas beaucoup de produit. Le coût réel sera le temps passé sur le fauteuil, par multiplication des petits rendez-vous. 10 mois reste un cas isolé ; habituellement, on éclaircit une dent oblitérée plutôt durant 3 mois.
14. Que pensez-vous des éclaircissements par lampe ?
Voir réponse 3
15. Pouvez-vous nous donner une fourchette d’honoraires ?
Pour un éclaircissement global des dents pulpées, c’est selon le coût horaire du fauteuil, et le coût des produits fournis au patient, si nous réalisons nous-mêmes les gouttières ou s’il y a une facture de prothésiste. De 400 à 650 euros.
Questions au Dr Gary Finelle
Réhabilitation implantaire de l’édenté complet : quand le numérique coordonne chaque étape
1. Comment gérer la phase transitoire après la dépose des CCM et des inlay-core ?
Nous utilisons un flux numérique immédiat. Le projet prothétique est préparé en amont avec le prothésiste et SmileCloud. Après la dépose des restaurations et les nouvelles préparations, une empreinte optique est transmise au laboratoire, qui finalise le design et nous renvoie le fichier. Le provisoire peut alors être imprimé immédiatement au cabinet. Une autre possibilité consiste à préparer un modèle du projet final permettant de réaliser un mock-up immédiat.
2. Peut-on poser immédiatement des implants sur des sites présentant des lésions radiculaires ?
Lorsqu’il s’agit d’une lésion d’origine endodontique, l’extraction supprime la principale source infectieuse. Après un curetage et un nettoyage rigoureux de l’alvéole, l’implantation immédiate est possible dans la majorité des cas, à condition de disposer d’un volume osseux permettant une bonne stabilité primaire et en l’absence d’infection aiguë non contrôlée. Les données disponibles montrent des résultats comparables aux sites non infectés lorsque ce protocole est correctement appliqué.
3. Peut-on réaliser une implantation immédiate chez les patients ayant présenté une parodontite sévère ?
Une parodontite active doit d’abord être traitée et stabilisée. Une fois la maladie contrôlée et le patient intégré dans un programme de maintenance, l’implantation immédiate peut être envisagée sur certains sites, mais pas systématiquement partout. En secteur postérieur maxillaire, elle peut notamment être associée à une élévation sinusienne transcrestale lorsque l’anatomie résiduelle permet d’obtenir une stabilité primaire suffisante. Dans le cas contraire, une approche différée reste préférable.
4. Quelle est la fréquence de la maintenance ? Faut-il démonter tous les six mois ?
La fréquence est individualisée selon les facteurs de risque, l’hygiène et l’adhésion du patient. Chez les patients les plus à risque, nous pouvons prévoir un démontage à six mois puis à un an durant la première année. Lorsque la situation est parfaitement stabilisée, les démontages peuvent ensuite être espacés à un an, voire deux ans. Les contrôles cliniques et les séances de maintenance restent toutefois plus réguliers ; un démontage systématique n’est pas indispensable en l’absence d’indication clinique ou mécanique.
5. Les scanbodies Apollo et les zoëscrews sont-ils compatibles avec toutes les marques d’implants ?
Dans le flux présenté, les SmartFlag Apollo sont utilisés au niveau de piliers intermédiaires de type multi-unit. Apollo propose des compatibilités avec la grande majorité des systèmes implantaires courants, mais il faut vérifier la référence exacte du pilier, sa plateforme et la bibliothèque numérique correspondante. Le même principe s’applique aux zoëscrews, conçues pour une connexion directe sur multi-unit et disponibles pour la plupart des systèmes, avec quelques exceptions.
6. Quel est le coût d’un All-on-6 en zircone ?
La réduction du coût repose principalement sur l’optimisation du flux : moins d’interventions, moins de temps au fauteuil et moins d’étapes ou d’allers-retours avec le laboratoire. Il n’existe cependant pas de tarif universel pour un All-on-6 en zircone. Le prix dépend de la complexité clinique, des composants, du provisoire, du laboratoire et du taux horaire propre à chaque structure.
7. Qu’est-ce que la photogrammétrie en implantologie ?
La photogrammétrie est une méthode d’empreinte numérique particulièrement adaptée aux restaurations implantaires complètes. Des repères spécifiques sont vissés sur les piliers multi-unit, puis plusieurs caméras enregistrent simultanément leur position tridimensionnelle et leur angulation. Cette acquisition est très rapide et évite l’accumulation des erreurs de rematching pouvant survenir lors d’un balayage intraoral conventionnel sur une arcade complète. Elle doit généralement être complétée par une empreinte optique pour enregistrer les tissus, les dents et l’occlusion.
Questions au Dr Philippe François
Réhabilitation implantaire de l’édenté postérieur : le bridge collé cantilever, une alternative raisonnée à l’implant
1. Quelle cotation et quel tarif pour les bridges cantilever postérieurs ?
Les bridges collés cantilevers postérieurs n’ont pas de codes CCAM. De ce fait, ils sont réalisés hors nomenclature (HN). Pour ce qui est du prix de facturation, il est bien entendu variable selon la facturation du prothésiste et du coût horaire du cabinet. Cependant, il ne faut pas « sous-valoriser » cet acte, tout comme le bridge collé cantilever antérieur par rapport à l’implantologie. Il a la même finalité que le couple implant-couronne : compenser l’édentement d’une dent unitaire, et peut nécessiter des traitements parodontaux de renforcement et osseux préalables. De ce fait, son prix doit être comparable à cette solution.
2. Pourquoi rate-t-on le réglage occlusal la première fois ?
Ce n’est probablement pas un « ratage » en tant que tel qui est sous-tendu par la recommandation d’ajouter une séance de contrôle à 8 jours. En effet, dans de nombreuses situations, avec les conseils prodigués, le réglage occlusal idéal est obtenu dès la première séance. Cependant, les conséquences d’une occlusion perfectible peuvent être à l’origine d’une mobilité rapide et délétères au long terme pour le succès des bridges collés cantilevers postérieurs (et antérieurs). De plus, le patient peut présenter une fatigue, notamment par la pose du champ opératoire ou une proprioception altérée par l’anesthésie lors de la séance de pose. De ce fait, la seconde séance de contrôle à 8 jours paraît essentielle et justifie d’autant plus, par analogie avec la question précédente, de facturer cet acte à sa juste valeur pour avoir le temps de maximiser ses chances de succès clinique.
3. Sur la photo de prise d’occlusion après la pose du BCCP que vous avez montrée, il n’y a pas de contacts sur l’extension ; est-ce normal ?
Cela a été probablement dû à l’effacement du papier articulé le temps de prendre la photographie, mais ils étaient bien présents. Pour rappel, la sous-occlusion n’est jamais recherchée sur l’intermédiaire car c’est une occlusion non contrôlée qui se reformera à terme et enlèvera le bénéfice masticatoire de la prothèse.
4. Quand préparer toute la surface occlusale molaire ou seulement la moitié ?
La question ne se pose pas si la dent support est saine : c’est la demi-facette occlusale qui est indiquée car la plus favorable biomécaniquement et sur le plan de la préservation tissulaire. C’est la préparation de très loin la plus pratiquée par notre équipe. Cependant, dans les cas de dents présentant des restaurations composites de certaine étendue mais jugées comme suffisamment cohésives pour recevoir un bridge collé cantilever postérieur, il peut, dans certains cas, être jugé nécessaire d’étendre la surface de la facette occlusale pour limiter le nombre d’interfaces en présence. Dans tous les cas, étendre la facette occlusale au-delà de 4-5mm d’étendue n’a aucune influence en termes de rétention.
5. Le bridge cantilever postérieur est-il proscrit s’il y a du composite sur la dent pilier ?
Non, comme cela est plus détaillé dans la question précédente. Un facteur importante est d’analyser la perte de rigidité de la dent support pour évaluer ou non la faisabilité d’un bridge collé cantilever postérieur. La perte des crêtes marginales compensées par une précédente restauration adhésive est un bon indicateur. Nous réalisons fréquemment des bridges collés cantilevers postérieurs sur des dents ayant perdu une crête marginale. La perte des deux crêtes marginales apparait cependant comme peu favorable à la réalisation d’un bridge collé cantilever postérieur. En plus de cela, il faut également (en l’état actuel des connaissances susceptibles d’évoluer) que la dent présente encore une quantité importante d’émail après préparation pour avoir une déformation limitée à la fonction et limiter les risques de fracture ou de décollement.
6. Quid de l’axe d’insertion latéral (vestling ou méthode des bissectrices) ?
C’est une insertion qui est de moins en moins pratiquée (voire impossible) avec l’avènement des outils numériques calibrés pour créer des insertions axiales. De plus, la parallélisation de la face proximale de la dent support est très peu coûteuse en tissus, ce qui fait que cet élément n’a pas été creusé. Cependant, c’est une idée qui pourrait peut-être être envisagée dans certaines indications spécifiques, mais nous n’avons pas, au sein de notre équipe, d’expérience avec cela.
7. Pour les bridges collés cantilevers, avez-vous un matériau de collage de prédilection ?
Tout protocole sera efficace tant que l’intrados prothétique est bien traité (sablage 10 secondes minimum à l’alumine suivi de l’application d’un primer universel contenant du 10-MDP) et qu’un protocole adhésif efficace est mis en place sur la dent a substrat majoritairement amélaire (mordançage à l’acide orthophosphorique à 37% pendant 15 secondes suivi par l’application d’un adhésif performant secondairement photopolymérisé). La colle joue alors un rôle secondaire et sera choisie selon les critères précédents et les préférences des praticiens. La bonne photopolymérisation de la colle, même « duale » avec une lampe polychromatique de qualité, apparaît comme indispensable. Au sein de notre équipe, nous préférons les protocoles d’assemblage photo-polymérisables au composite visqueux réchauffé (possibles même avec la zircone), mais ces procédures sont très spécifiques, nécessitent une formation et des temps de photopolymérisation accrus (en limitant l’échauffement) avec des lampes LED polychromatiques à haute irradiance.
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