Feuilleter un extrait
Information dentaire

L'Information Dentaire n°31 - 16 septembre 2026

Je m'abonne >
Acheter ce numéro >

Edito

Médecine dentaire : soigner, ou répondre aux désirs ? Diffusé le 25 mars 2026 sur La Chaîne parlementaire, Le Dilemme d’Hippocrate remet au cœur du débat une question essentielle, que signifie encore soigner aujourd’hui ? À travers les situations examinées au Centre hospitalier de Saint-Nazaire, le documentaire montre une médecine confrontée non plus seulement à la maladie, mais à des choix de vie, parfois dérangeants, souvent incertains.« Je suis un philosophe des...

Médecine dentaire : soigner, ou répondre aux désirs ?

Diffusé le 25 mars 2026 sur La Chaîne parlementaire, Le Dilemme d’Hippocrate remet au cœur du débat une question essentielle, que signifie encore soigner aujourd’hui ? À travers les situations examinées au Centre hospitalier de Saint-Nazaire, le documentaire montre une médecine confrontée non plus seulement à la maladie, mais à des choix de vie, parfois dérangeants, souvent incertains.

« Je suis un philosophe des ovules, du sang et des larmes », affirme Guillaume Durand dans Un philosophe à l’hôpital1. Une formule qui rappelle que l’éthique ne se pense pas à distance, mais au plus près du réel.

Cette évolution concerne aussi la médecine dentaire.

Éclaircissement, traitements orthodontiques à visée esthétique, facettes, remodelage du sourire, une part de notre pratique ne répond plus directement à une pathologie, mais à une demande. Le patient n’est pas toujours malade. Il exprime un désir – esthétique, fonctionnel, parfois social.

Ce que Guillaume Durand appelle la « médecine des désirs »2 s’incarne ici très concrètement.

Dès lors, une question s’impose, sommes-nous encore dans le soin, ou dans la réponse à une demande ?

Les dilemmes présentés dans Le Dilemme d’Hippocrate peuvent sembler éloignés de notre quotidien. Pourtant, ils posent une question commune à toutes les pratiques médicales, qui décide de ce qui est juste ?

Dans nos cabinets, cette tension est permanente. Faut-il accepter une demande lorsque l’indication médicale est limitée ? Refuser d’intervenir sur un organe sain ? Ou orienter le patient vers une solution que l’on juge plus appropriée ?

C’est précisément ici que la pensée de Ruwen Ogien apporte un éclairage décisif. Son « éthique minimale »3 repose sur trois principes simples, mais exigeants : rester neutre à l’égard des conceptions du bien personnel, accorder une égale considération aux intérêts de chacun et, surtout, ne pas nuire à autrui.

Cette approche rompt avec une idée profondément ancrée dans la tradition médicale, celle d’une symétrie morale entre ce que l’on fait aux autres et ce que l’on fait à soi-même. Pour Ogien, ce que chacun choisit de faire de son propre corps – dès lors qu’aucun tiers n’est lésé – ne relève pas du jugement moral, mais de la liberté individuelle.

Appliquée à la médecine dentaire, cette perspective déplace profondément les repères. Une partie de notre pratique contemporaine relève du rapport à soi, améliorer son apparence, transformer son sourire, corriger une gêne subjective. Ces demandes ne causent pas nécessairement de tort à autrui. Elles interrogent moins la morale que les limites du soin.

Dans une tribune publiée dans Le Monde, Ruwen Ogien appelait à « sortir du paternalisme moralisateur »4, dénonçant cette tentation de vouloir protéger les individus contre eux-mêmes. Cette critique résonne directement dans notre pratique, refuser une demande au nom d’une certaine idée du “bon soin”, n’est-ce pas parfois imposer une norme plutôt qu’accompagner un choix ?

Pour autant, l’éthique minimale n’est pas une éthique de l’indifférence. Elle n’implique ni l’abandon du jugement clinique, ni la disparition de la prudence. En médecine dentaire, nos actes sont souvent irréversibles, potentiellement iatrogènes, et engagent la fonction comme l’intégrité tissulaire. Répondre à un désir implique donc une analyse rigoureuse du rapport bénéfice-risque. Refuser systématiquement reviendrait à nier l’autonomie du patient. Accepter sans discernement exposerait à une dérive vers une médecine strictement prestataire. C’est donc dans un équilibre exigeant que se situe aujourd’hui la médecine dentaire, écouter sans céder, conseiller sans imposer, accompagner sans juger.

Au fond, le véritable dilemme n’est pas réservé aux situations exceptionnelles. Il se joue chaque jour, dans nos décisions les plus ordinaires. Car en médecine dentaire, soigner ne consiste plus seulement à traiter une pathologie, mais à articuler un savoir clinique, une demande individuelle et une exigence éthique.

Pr Vianney Descroix, Doyen de l’UFR d’Odontologie de l’Université Paris Cité

Voir plus

Éditorial

Médecine dentaire : soigner ou répondre aux désirs ?
Vianney Descroix

Revue de presse

Revue de presse spécialisée
Philippe Léonard

Actualités hebdo
Nicolas Fontenelle

Préserver les dents atteintes de lésions endo-paro.

Essai

Coffret ZCS24, de Meisinger
Frédéric Bohin

Journée d’Information des Praticiens

Retour sur les 4 conférences et 3 séances DPC du 5 juin à la Maison de la Chimie
Par Emma Bayart, Andréa Duchez, Salomé Le Gueux

Agir tôt pour bien grandir : la place de l’orthodontie dans l’enfance
Carole Charavet

L’intégration de l’éclaircissement dentaire en omnipratique
Mélanie Giallo

Réhabilitation implantaire de l’édenté complet : quand le numérique coordonne chaque étape
Gary Finelle

Réhabilitation implantaire de l’édenté postérieur : le bridge collé cantilever, une alternative raisonnée à l’implant
Philippe François

Planifier avant d’appareiller : la prothèse amovible comme discipline du raisonnement clinique
Estelle Schittly

Mieux communiquer pour réussir le challenge de la coiffe unitaire ou des facettes céramiques collées
Romain Ceinos

Restaurations dentaires biomimétiques : de l’onlay à la couronne et technique BOPT
Frank Decup

 

Évasion

Déclenchements instinctifs
Gil Tirlet