REALITES CLINIQUES Vol. 33 n° 1 – Mars 2022 La médecine dentaire du sommeil

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UGS : REV60122N1 Catégorie : Année : 2022Volume : 33Numéro : 1Nombre de pages : 80
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Description

La médecine dentaire du sommeil

Coordinateurs scientifiques : Emmanuel d’Incau et Maria Clotilde Carra

Avant-propos
Gilles Lavigne

Éditorial
Emmanuel d’Incau et Maria Clotilde Carra

Le sommeil normal et pathologique : place des explorations du sommeil en médecine dentaire
Paul Galvez et Jean-Arthur Micoulaud-Franchi

Une introduction complémentaire à la médecine dentaire du sommeil
Frank Lobbezoo, Nico de Vries, Jan de Lange et Ghizlane Aarab – Traduction Emmanuel d’Incau

Le Sahos : définition, épidémiologie, physiopathologie, conséquences
Xuân-Lan Nguyen

Le Sahos et le chirurgien-dentiste : dépistage au quotidien
Maria Clotilde Carra et Emmanuel d’Incau

Le Sahos : traitement par Orthèse d’avancée mandibulaire (OAM)
Julia Cohen-Levy, Boris Pételle

Syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil : spécificités chez l’enfant
Ali Nassif, Claire-Adeline Dantagnan, Nicole Beydon, Laurence Jordan et Pascal Garrec

Bruxisme du sommeil chez les adultes : résumé des connaissances actuelles sur l’étiologie, l’évaluation et la prise en charge
Daniele Manfredini et Frank Lobbezoo – Traduction Jean-François Laluque

Troubles du sommeil et douleurs orofaciales chroniques : un modèle d’interaction
Emmanuel d’Incau, Jean-Arthur Micoulaud-Franchi et Maria Clotilde Carra


Avant-propos

La médecine dentaire du sommeil

Gilles Lavigne
Professeur, faculté de médecine dentaire, université de Montréal, chercheur et clinicien, stomatologie, CHUM, Montréal

Nos collègues Emmanuel d’Incau et Maria Clotilde Carra vous présentent une synthèse narrative sur la médecine dentaire du sommeil, un domaine d’expertise qui a pris un essor considérable depuis plus de vingt-cinq ans. Citons quelques exemples qui mettent en perspective nos compétences et délimitent notre rôle en médecine du sommeil.

Le praticien qui voit un enfant avec un palais étroit et de grosses amygdales, dont les parents rapportent qu’il est agité, peu attentif et qu’il présente des ronflements lors du sommeil, et parfois de l’énurésie, pensera tout de suite à de l’apnée obstructive du sommeil. Il apparaît évident qu’il faut gérer le cas avec un médecin du sommeil et proposer aux parents, s’il y a lieu, des traitements tels que l’orthodontie et une consultation en oto-rhino-laryngologie.
Un dentiste qui reçoit en consultation un adolescent qui se plaint de l’usure de ses dents et qui, avec émotion, rapporte que ses amis le surnomment « le broyeur de dents », sera examiné avec attention. Le clinicien observera l’usure des dents, examinera si une douleur est présente et questionnera sur le risque de troubles respiratoires. Ce praticien pensera de toute évidence à un bruxisme du sommeil concomitant à celui de l’éveil. Dans un tel cas, des approches comportementales pour la gestion du stress à l’éveil peuvent être envisagées. L’usage d’une orthèse de protection pour le sommeil, et lors des périodes de stress à l’éveil, sera recommandé.

En présence d’une femme dans la jeune soixantaine ayant une morphologie suggérant un index de masse corporel élevé, qui rapporte être très fatiguée, dormir partout et dont le conjoint se plaint de son ronflement et de ses grincements des dents, un examen attentif devra être instauré. Le degré de rétrognathie et l’espace oropharyngé (Mallampati et Friedman de niveau 3 à 4) devront être évalués. La présence d’hypertension ou de diabète sera recherchée. Un questionnaire de dépistage (screening) des risques sera utilisé. Si l’ensemble évoque la probabilité d’un trouble respiratoire du sommeil, le clinicien référera la personne avec les informations colligées dans sa demande, vers un médecin du sommeil. Ce dernier est responsable du diagnostic d’un syndrome d’apnées et hypopnées obstructives du sommeil qui sera confirmé par un test de sommeil probablement effectué à la maison. Le traitement de choix est l’appareil de Pression positive continue (PPC) ou, selon la sévérité et l’acceptation de la personne, l’orthèse d’avancée mandibulaire. Le choix doit se faire en étant éclairé sur les bénéfices, les limites et les risques, tout en décrivant les approches complémentaires telles que des exercices oropharyngés et un programme de perte de poids. L’orthèse occlusale simple, de type bruxisme, ne sera pas recommandée, car elle peut augmenter les index respiratoires tels que ceux des apnées, des hypopnées et de la désaturation en oxygène.

La synthèse que vous présentent nos deux collègues et leurs collaborateurs vous guidera dans votre pratique quotidienne, afin de détecter et de gérer, en mode collaboratif, les troubles du sommeil tels que l’apnée obstructive, le bruxisme, le reflux gastro-œsophagien et aussi l’insomnie, qui sont parfois concomitants.


Édito

Les objectifs de la médecine dentaire du sommeil

Emmanuel d’Incau et Maria Clotilde Carra, Coordinateurs scientifiques

Le sommeil est un état physiologique périodique durant lequel la vigilance est diminuée et la réactivité aux stimulations internes et externes est réduite. C’est un état rythmique, réversible et adaptatif au cours duquel différentes fonctions fondamentales sont assurées. Les troubles du sommeil qui concernent près d’un individu sur trois à un moment donné de la vie sont susceptibles de perturber la quantité et/ou la qualité du sommeil. Les répercussions sur la santé et la qualité de vie peuvent alors être importantes et les coûts socio-économiques élevés.

Afin de répondre à ces problématiques, il est indispensable que les professionnels de santé en général, et que les chirurgiens-dentistes en particulier, s’investissent dans le dépistage, le diagnostic et l’éventuelle prise en charge de troubles du sommeil spécifiques tels que le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, le bruxisme lié au sommeil, le trouble insomnie chronique ou encore le reflux gastro-œsophagien lié au sommeil.

Ces différentes tâches font partie des objectifs principaux de la médecine dentaire du sommeil qui se consacre à l’étude des causes et des conséquences bucco-dentaires et maxillo-faciales de certains troubles du sommeil ainsi qu’à leur prise en charge. Cette discipline, développée il y a près de vingt-cinq ans à Montréal par Gilles Lavigne et ses collaborateurs, est multidisciplinaire et transversale. Elle est en plein essor, comme en témoigne à l’échelle nationale et internationale la création d’associations scientifiques professionnelles : par exemple, l’Académie européenne de médecine dentaire du sommeil (European Academy of Dental Sleep Medicine, EADSM), l’Académie américaine de médecine dentaire du sommeil (American Academy of Dental Sleep Medicine, AADSM), la Société française de médecine dentaire du sommeil (SFMDS), la publication de manuels spécialisés, et une revue scientifique à comité de lecture (The Journal of Dental Sleep Medicine).

Afin de poursuivre cet élan, ce numéro de Réalités Cliniques souhaite présenter les enjeux de la médecine dentaire du sommeil en revenant sur différentes données fondamentales et cliniques. Toutes ces informations sont issues du travail d’auteurs qui sont impliqués depuis de nombreuses années dans cette discipline et qui ont parfaitement su rendre accessibles des notions parfois complexes. Avant de vous laisser l’apprécier, permettez-nous de les remercier vivement d’avoir spontanément accepté de produire des articles de grande qualité.

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