Dérembourser des soins pour maîtriser la dépense pénaliserait davantage les ménages modestes

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°8 - 4 mars 2026
Information dentaire

Face au déficit croissant de la branche maladie les gouvernements envisagent régulièrement la possibilité d’un déremboursement partiel de certains soins.

Pour évaluer les impacts financiers que ces décisions pourraient avoir sur les Français, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) simule, dans une étude publiée le 18 février, cinq mesures toutes capables de générer un milliard d’euros d’économies.

Les scénarios étudiés par le service statiques du ministère de la Santé, relèvent deux familles de leviers. Le premier consiste à augmenter les tickets modérateurs, généralement pris en charge par les complémentaires santé : consultations médicales et de sages-femmes, soins dentaires ou médicaments. Le second vise à relever les participations forfaitaires ou les franchises, dont le paiement demeure entièrement à la charge des patients.

À consommation de soins inchangée, les mesures provoqueraient en moyenne une hausse de 35 € par an pour les ménages, sous forme de restes à charge ou de primes d’assurance complémentaires supplémentaires.

La Drees observe cependant une répartition très inégale de ces efforts. Les ménages les plus modestes, même lorsqu’ils bénéficient de la complémentaire santé solidaire (C2S), supporteraient une charge proportionnellement plus importante.

Gare aux renoncements

Selon l’étude, le coût moyen pour les 20 % de ménages les plus modestes s’établirait entre 20 € et 23 €, contre 39 € à 43 € pour les 20 % les plus aisés. Mais rapportée au revenu, la contribution demandée aux foyers modestes serait environ deux fois plus lourde. Les auteurs rappellent que la C2S, bien que protectrice, « ne couvre pas l’ensemble des ménages modestes, en raison du non‑recours ou de revenus légèrement supérieurs au seuil d’éligibilité ».

L’impact varie fortement selon la nature des mesures. L’augmentation des tickets modérateurs, largement mutualisée au sein des contrats de complémentaire, touche une population plus large, y compris les assurés en bonne santé. Elle pénalise toutefois davantage les retraités : ceux-ci sont souvent couverts par des contrats individuels, plus sensibles à la structure d’âge, et leur consommation de médicaments les expose particulièrement à une hausse des primes.

À l’inverse, le relèvement des franchises ou des participations forfaitaires frappe directement les usagers les plus malades, en raison de leur recours accru aux soins concernés. La Drees note que ces mesures « pourraient entraîner un renoncement à certains soins, notamment dans les ménages modestes » : diminution du nombre de consultations ou moindre observance des prescriptions.

Enfin, la Drees compare ces déremboursements à leur inverse : une hausse uniforme des prélèvements finançant l’Assurance-maladie (TVA, cotisations sociales, CSG) qui rapporterait là aussi un milliard d’euros.

Résultat : une telle mesure pèserait certes moins sur les personnes âgées, modestes ou malades, mais davantage sur les actifs, et pourrait avoir des effets sur l’emploi (non mesurés dans l’étude). Bref, aucun mesure d’économies sur les dépenses de soins n’est indolore socialement et c’est bien toute la difficulté des politiques.

Thèmes abordés

Commentaires

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Economie de la santé

PLFSS 2027 : tour de vis financier, prévention renforcée et fin de l’ANDPC

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement mise principalement sur la maîtrise des dépenses, en particulier celles de l’assurance maladie. L’objectif...
Economie de la santé

Centres de santé : leur part dans les soins dentaires a doublé en quinze ans

Les dépenses de soins et prothèses dentaires ont atteint 16,4 milliards d’euros en 2025, soit 4,6 % de la dépense...
Economie de la santé

Faute de dentistes en Guyane, des patients vont se faire soigner au Brésil

En cause : une pénurie persistante de praticiens en Guyane. La collectivité territoriale ne compte que 61 chirurgiens-dentistes, soit 23...
Economie de la santé Santé publique

La HAS veut limiter les prescriptions inutiles d’antibiotiques en odontologie

Sollicitée par le Conseil national professionnel des chirurgiens-dentistes, l’instance entend harmoniser les pratiques et réduire les prescriptions inutiles, alors que...
Economie de la santé

« Ne plus négliger la santé bucco-dentaire » : NèreS veut instaurer un bilan parodontal à 20 et 30 ans

« La santé bucco-dentaire reste trop souvent dissociée des autres politiques de prévention alors que des liens entre maladies parodontales,...
Economie de la santé

Franchises médicales : le plafond annuel porté à 140 euros au 1er octobre

Le gouvernement a acté le relèvement des plafonds annuels des franchises médicales et des participations forfaitaires. Un décret publié au...