La cellule épithéliale gingivale

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  • Publié le . Paru dans Parodontologie Implantologie Orale, un nouveau regard n°1 - 15 mars 2022 (page 42-45)
Information dentaire
La cellule épithéliale gingivale est le constituant élémentaire de l’épithélium gingival. Il s’agit d’une cellule squameuse qui possède de nombreuses caractéristiques communes aux cellules squameuses présentes dans la couche externe de l’épiderme, le revêtement interne des organes creux (comme la vessie ou la cavité buccale).
La cellule épithéliale gingivale a également des caractéristiques propres qui permettent de distinguer l’épithélium gingival de l’épithélium du sillon gingival ou encore de l’épithélium de jonction. La même cellule se trouve dans trois environnements différents avec une physiologie différente et un potentiel de réparation différent. Un cancer qui prend naissance dans une cellule squameuse est appelé cancer épidermoïde.

L’objectif de cette rubrique est de rédiger la carte d’identité d’un habitant du parodonte. Elle présente l’identité de l’habitant (procaryote ou eucaryote), son rôle, son habitat et toute autre caractéristique, y compris la pathogénie si elle existe. L’iconographie va du macroscopique au microscopique, voire ultra-microscopique.

Identité

Nom : cellule épithéliale gingivale

Date de description de l’épithélium gingival : année 1940 par Orban

Parenté :

  • 1700 : Ruysch crée le mot épithélium oral pour distinguer le recouvrement de l’intérieur de la cavité buccale de l’épiderme cutané
  • 1915 : Black considère que le palais dur est une partie des gencives

Synonyme : cellule squameuse, cellule pavimenteuse ou cellule malpighienne

Composition : noyau, cytoplasme, cytosquelette, cytokératines et kératine

Rôles : protection mécanique et chimique

Domicile : autour des dents


La cellule épithéliale gingivale est l’unité élémentaire de l’épithélium gingival divisé en trois parties : l’épithélium gingival externe (EGE), l’épithélium du sillon gingival ou gingivo-dentaire (ESG) et l’épithélium de jonction (EJ) (fig. 1). L’épithélium gingival est constitué à 90 % par de cellules épithéliales et 10 % par des mélanocytes, polynucléaires, cellules de Merkel et de Langerhans.

EGE

L’EGE est un épithélium pavimenteux, stratifié, kératinisé. Il est formé par une assise basale comprenant des cellules souches et des cellules impliquées dans la différenciation. Ainsi, une partie des cellules basales, attachées à la membrane basale par des hémidesmosomes, se différencie successivement en cellules épineuses, granuleuses et cornées (fig. 1). L’autre partie des cellules basales reste des cellules attachées à la membrane basale à l’interface épithélio-­conjonctive. Ces cellules sont des cellules mitotiques et constituent des cellules souches indispensables au renouvellement de l’EGE.
À chaque étape de différenciation, la morphologie et la composition des cellules se modifient (tableau 1). Arrivée à la surface de l’épithélium au contact de la salive, la cellule basale est devenue cornéocyte, sans noyau, remplie de cytokératines*. Ces dernières sont des filaments du cytosquelette de la cellule épithéliale ; ce sont des polymères de kératine (d’un diamètre d’environ 10 nm) qui, au cours de la différenciation, confère, avec les phospholipides synthétisés par les cellules, une couche superficielle imperméable. Pour garder une épaisseur constante de l’épithélium gingival, la desquamation est compensée par le renouvellement des cellules basales.

De plus, pendant la différenciation, des jonctions intercellulaires comme les desmosomes consolident la barrière de perméabilité. Le calcium, la filaggrine et d’autres protéines cimentent cette couche imperméable qui desquame par plaques cellulaires dans la cavité buccale.

* La localisation spécifique des cytokératines dans les tissus épithéliaux permet l’identification des cellules cancéreuses d’origine épithéliale (par exemple, les carcinomes).

ESG

L’ESG est continu à l’EGE, et correspond au versant interne de la gencive libre (fig. 2). Il fait face à la dent, délimitant ainsi un espace naturel, le sillon gingivo-dentaire (sulcus). Dans cet espace d’environ 2 à 3 mm de profondeur pour une dent et gencive saines, on retrouve un liquide dit créviculaire composé de salive, de fluide gingival, de cellules épithéliales desquamées, des leucocytes et des micro-organismes. L’ESG est non kératinisé et consiste en une couche multicellulaire de 15 à 20 cellules au niveau coronaire. Il s’amincit en direction apicale et est contigu à l’épithélium de jonction (EJ) (fig. 2). Du fait de sa position et de son agression permanente, de son accès difficile à l’autonettoyage et au brossage, l’ESG non kératinisé est fragile, il ne constitue pas une véritable barrière imperméable (fig. 3). Agressé par les bactéries (fig. 4), il deviendra épithélium de poche, laquelle correspond à l’augmentation de la profondeur du sillon gingival et signe la maladie parodontale.

EJ

D’origine ectodermique, l’EJ peut adhérer à l’émail, également d’origine ectodermique, ce qui n’existe nulle part ailleurs dans le corps humain. En contact avec la surface minéralisée, il fournit une attache épithéliale à la dent ; cette attache, de 90 à 150 nm d’épaisseur, est assimilée à une pseudo membrane basale (fig. 1 à 3).

Pièce unique de l’organisme, l’épithélium de jonction (EJ) est le seul épithélium qui adhère à une structure minéralisée (émail, dentine ou cément en fonction de l’âge de la dent)”

Les cellules épithéliales de l’EJ s’organisent en une couche basale et une supra-basale, sur 2 à 20 couches cellulaires mal organisées. Il n’y a pas de kératinisation possible, le renouvellement est rapide (tableau 2). L’EJ est perméable, mais, grâce à leur sécrétion de peptides antimicrobiens, de protéines et à des mécanismes « sensors », les cellules épithéliales de l’EJ protègent les tissus parodontaux profonds de l’environnement agressif de la cavité buccale [1].
Compte tenu de leur spécificité et de leur implication probable dans la maladie parodontale, les cellules épithéliales de l’EJ font l’objet de nombreuses études. Il est admis aujourd’hui que l’EJ comporte des cellules épithéliales odontogènes (améloblastes-like), des cellules souches et des cellules identiques à celles de l’EOE [2].n

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