Financiarisation en santé : une proposition de loi pour encadrer les SEL et renforcer le contrôle ordinal

  • Publié le . Paru dans L'Information Dentaire n°27 - 15 juillet 2026
Information dentaire
« Réaffirmer la primauté de la politique d’accès aux soins sur les considérations financières ». Tel est l’objectif de la proposition de loi visant à encadrer la financiarisation du système de santé, déposé le 23 juin à l’Assemblée nationale par le député LR de Meurthe-et-Moselle, Thibault Bazin. Le texte a des conséquences opérationnelles immédiates pour les structures organisées en SEL, en particulier sur la transparence capitalistique et la gouvernance.

L’exposé des motifs décrit « une accélération substantielle » de ces dynamiques financières, « entre 2014 et 2023, la santé est devenue le troisième secteur le plus ciblé par le capital‑investissement », écrit le député, et entre 2019 et 2022 les apports privés dans le domaine de la santé se sont fortement développés et « ont été multipliés par six pour atteindre un total de quinze milliards d’euros ».

Initialement concentrée sur l’hospitalisation privée (qui détenaient en 2024, plus de 40 % de la capacité hospitalière), la financiarisation s’est étendue à la médecine de ville, sous l’effet des besoins d’investissement et de la structuration en groupes. La biologie médicale, l’imagerie, la pharmacie, la chirurgie dentaire, l’ophtalmologie ou encore plus récemment les soins primaires ont tour à tour été touchés en raison des contraintes liées au coût des équipements, aux exigences croissantes de qualité et de sécurité et aux évolutions des pratiques favorables aux logiques de groupements.

L’essor des sociétés d’exercice libéral (SEL) constitue un levier majeur de ces transformations, selon le député. Les montages actuels (obligations convertibles, actions de préférence) peuvent se traduire par « une mise sous surveillance des professionnels de santé » et favoriser « une prééminence de la logique économique sur l’exercice du soin ». Les ordres ont, selon le texte, identifié des « dérives déontologiques » pouvant orienter l’activité vers « des activités rentables au détriment des objectifs de santé publique ».

Si donc la financiarisation « peut apparaître comme une réponse nouvelle aux besoins d’investissement »  son développement « doit faire l’objet d’un encadrement », estime Thibault Bazin.

Cellule nationale de juristes professionnels

Sa proposition de loi s’articule autour de trois volets.

Le titre Ier renforce le contrôle ordinal. L’article 1er impose ainsi la transmission « pour observation » préalable d’un ensemble élargi de documents : liste des associés, composition du capital, droits de vote, conventions de gouvernance ou « tout contrat de nature à affecter les conditions d’exercice ». Les conseils de l’ordre des chirurgiens-dentistes sont explicitement habilités à contrôler « les modalités de fonctionnement, de financement et notamment les rapports entre les associés ». « Une cellule nationale d’appui constituée de juristes professionnels », pourra être saisie pour analyser les montages.

L’article 2 instaure une obligation de transparence capitalistique : « toute personne physique ou morale » détenant des participations « dans une ou plusieurs sociétés de participations financières de professions libérales (SPF-PL) » devra les déclarer à la Cnam, avec détail des pourcentages et des droits financiers, informations ensuite transmises aux ordres.

Le titre II encadre les instruments financiers. L’article 3 réserve ainsi la détention d’actions de préférence et les droits décisionnels supérieurs à la part de capital aux seuls acteurs en lien avec la profession. L’article 4 introduit un verrou temporel : aucune cession de titres par un investisseur non professionnel ne pourra intervenir avant « un délai minimal de sept années », sauf exceptions limitativement prévues.

Enfin, le titre III durcit les sanctions. Le défaut de transmission des documents au conseil de l’ordre devient passible de sanctions disciplinaires et d’une amende administrative pouvant atteindre 30 000 euros prononcée par le directeur général de l’ARS.

Thèmes abordés

Commentaires

Laisser un commentaire

Sur le même sujet

Economie de la santé

Hausse du ticket modérateur en dentaire : la Cnam désavoue le gouvernement

Le conseil de la CNAM a rejeté, à l’unanimité des 34 voix des syndicats de salariés, organisations patronales, représentants des...
Economie de la santé

Soins dentaires : la profession vent debout contre un nouveau désengagement de l’assurance maladie

Cinq projets de décret soumis vendredi 24 juillet à l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) confirment les annonces du...
Economie de la santé

Déjà + 5,3 % en 2026, la hausse des dépenses de santé s’accélère selon un assureur

« La dérive des prestations s’accélère à + 5,3 % début 2026 », indique l’assureur WTW France (Willis Towers Watson,...
Economie de la santé

Médicaments non utilisés : 517 millions d’euros de gaspillage annuel

Le non‑usage des médicaments représente « un coût annuel significatif […] pour la collectivité », avec un montant estimé à 517 millions d’euros...
Economie de la santé

Éditeurs de logiciels pour libéraux : marché concentré

Le marché des éditeurs de logiciels pour les professionnels de santé libéraux s’est contracté de 217 à 177 acteurs (-18 %) entre...
Economie de la santé

Ticket modérateur, taxes, franchises… : le gouvernement prépare le prochain PLFSS

Le gouvernement envisage de relever « fortement » le ticket modérateur sur les actes médicaux dès l’été, dans le cadre de la...